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« Montreuil aux pêches » : un projet multiple

Parmi les premiers projets qui émergent en prévision de la réalisation du nouveau quartier agriculturel urbain, « Montreuil aux pêches » semble le plus abouti et montre ce que pourrait être dans les années à venir une agriculture urbaine aux finalités tant sociales qu’environnementales.

« Un paysage comestible au cœur de la ville » : la formulation poétique résume l’esprit du projet. Trois associations (1) ont décidé de mutualiser leurs savoir-faire dans une réalisation commune, la démarche demeurant ouverte à toute autre association intéressée à porter une nouvelle complémentarité.

Quatre buts structurent le projet : la préservation d’un patrimoine végétal, historique et culturel ; l’expérimentation de nouvelles techniques de culture, de restauration des sols et de modes de distribution ; l’apprentissage de pratiques agricoles interurbaines, notamment par la reconstruction sociale et professionnelle ; l’éducation populaire sur les thèmes de la nutrition, du jardinage et de l’agro-écologie.

La fin sera bien dans les moyens : « Nous ne voulons être ni une vitrine écologique propre à blanchir des démarches qui ne le sont pas, ni un lieu de formation et d’insertion qui profiterait d’une main d’œuvre bon marché et précarisée. »

Concrètement, la ferme urbaine s’appuiera sur une production maraîchère, proposant un apprentissage pour des candidats à l’installation dans la région (une personne en couveuse sous contrat d’appui au projet d’entreprise) et des parcours de resocialisation ou de formations qualifiantes. L’encadrement sera assuré par un maraîcher professionnel, référent de la couveuse et du chantier de reconstruction sociale, et par une personne plus particulièrement en charge de l’accueil et du suivi des parcours de ce chantier. Pour Frédéric Géral, de l’association Le Sens de l’Humus, « l’idée n’est pas faire de faire concurrence aux autres maraîchers. Elle est de contribuer à la promotion d’une agriculture paysanne, et d’y contribuer là où on est, c’est à dire dans l’urbain et à l’époque où on est qui va devoir repenser son agriculture et son alimentation, de gré ou de force ».

Sur le site historiquement marqué par l’arboriculture, 500 arbres seront replantés, palissés « à la loque » sur trois ou quatre kilomètres de murs. Les fruits seront vendus sur place, au kilo en été, et en partie transformés en sorbet, sirops et autres dérivés, transformation conduite en partenariat avec des professionnels locaux.

Variétés locales et circuits courts

Les variétés seront sélectionnées en fonction de leur existence historique sur le site (les pêches « grosse mignonne » ou « têton de vénus »), de leur précocité complémentaire (la pêche « gypse » qui donne des fruits dès juin) ou sur une démarche de sauvetage d’une variété en voie de disparition (la pomme « calville blanc d’hiver », autrefois très présente à Montreuil). Les fleurs ayant aussi fait la fierté des murs à pêches ne seront pas oubliées dans les futures productions.

La distribution se construira en circuits courts, en vente directe sur le site ou sur le modèle des paniers pratiqué par les amaps. Le projet souhaitant privilégier l’accès à une alimentation de qualité pour des foyers socialement et économiquement malmenés, un système de « paniers solidaires » sera mis en place avec des prix inférieurs, la différence étant prise en charge par des subventions publiques ou la mutualisation. Des livraisons à domicile sont envisagées, notamment pour les clients-partenaires handicapés, en collaboration avec l’association locale Vivre à vélo en ville (VVV). Une Maison des saveurs et terroirs d’Ile-de-France trouverait pertinemment sa place au voisinage, vitrine des productions locales, marché de produits complémentaires à ceux proposés dans les paniers, lieu d’échanges multiples.

Enfin (mais peut-on utiliser ce terme tant le projet génère d’initiatives ?), les familles et les enfants des écoles voisines trouveront dans « Montreuil aux pêches » des animations sur le jardinage, la cuisine, la biodiversité des goûts…

Entre trois et quatre hectares et demi suffiraient au bonheur des promoteurs du projet, sur les 21,3 ha du futur quartier agriculturel de Montreuil. Avec quatre emplois équivalent temps plein dès le départ et des idées fleurissant à chaque pied de pêcher, avec des connections et interconnections à toutes les autres associations locales et leurs réseaux : on a hâte de voir ça !

BD

1. La société régionale d’horticulture de Montreuil (SRHM) (www.srhm.fr), le Sens de l’humus (senshumus.wordpress.com) et Rêve de terre

Commentaires

Commentaire from Studer Jeanne
Temps: 20 avril 2010, 11:42

Je trouve ce projet super, mais j’avais entendu dire que le site des murs à pêches était pollué. Comment cultiver des fruits et légumes et les vendre si ce site est pollué ?
C’est la question que je vous pose.
Merci de la réponse.
Filou le Nack

Commentaire from Benoît Ducasse
Temps: 20 avril 2010, 17:24

Le sol des murs à pêches se caractérise à la fois par une grande fertilité, mais aussi par une certaine pollution.
Il y a plus de cent ans, sous la pression de la ville et de la concurrence du Sud de la France, les arboriculteurs tentent d’augmenter leurs rendements afin de rester compétitifs pour une partie de leur production. Ils utilisent ce qu’ils ont sous la main, dont sans doute les gadoues issues de l’activité humaine de Paris. Le tout contient beaucoup de matières fertilisantes, mais aussi des polluants, notamment des métaux lourds.
Des tests sont réalisés en 2008 pour évaluer cette pollution. Les résultats sont moins inquiétants que ce qui était craint. Par précaution, la municipalité a interdit la distribution et la vente de certains légumes feuilles (salades, poireaux, rhubarbe, menthe et thym) et en déconseille la consommation importante et régulière.
Un projet expérimental propose la restauration des sols par les plantes. Les associations Rêve de Terre, Le Jardin de la lune et Le Sens de l’Humus souhaitent « redonner à l’urbain sa part d’humus, refaire vivre la terre », selon les mots de Peter Benoît, l’un de membre de deux de ces associations.
Des chercheurs ont été contactés et un comité scientifique de six spécialistes a été constitué. Un protocole encadrera l’expérimentation sur quatre axes : de la phyto-extraction (extraction de la pollution par les plantes), de la phyto-remédiation (fixation et neutralisation par la matière organique), un travail sur les micro-organismes et sur les méthodes de culture (par exemple autour des principes de la permaculture, développés par une des associations). La municipalité fournira un soutien technique et éventuellement financier.
Le projet devrait commencer courant 2010.

BD

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